LibertéVoilà plus d’une semaine que je n’ai pas publié d’article sur le blog. Non par manque d’envie, mais plutôt par pudeur vis à vis des tragiques événements qui se sont passés à Paris le 13 novembre dernier. Les publications reprendrons dans quelques jours. La vie doit reprendre son cours, la vie doit triompher, toujours.

Je ne serai pas apaisée pour autant. Toutes ses personnes assassinées alors qu’elles souhaitaient seulement partager un moment de détente ensemble, tous ces destins brisés, piétinés, pour qui, pour quoi ? Les faits sont trop graves pour que ma colère s’apaise. En hommage aux victimes qui aimaient tant la vie, pour leurs parents dans la peine, pour leurs amis esseulés, pour leurs enfants désormais orphelins, nous nous devons de résister. Résister, comme le fit Paul Éluard quand en pleine guerre mondiale il décida de se dresser contre l’oppression et d’écrire son poème « Liberté ».

Ce poème, qui traverse les âges sans prendre une ride, ne l’oublions pas. Prions-le, chantons-le, gravons-le au plus profond de nos êtres. Parce qu’il n’y a pas de bonheur possible sans liberté, et que la vie enchaînée à des règles despotiques n’est pas la vie.

Je souhaite le dédier aujourd’hui à toutes les personnes opprimées, où qu’elles soient dans le monde.

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Éluard
Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)

 

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